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Groupe de Soutien au Syndrome de l'insensibilité aux androgènes
 
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 Travailler en maternité

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Blanche-renarde

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Messages : 73
Date d'inscription : 16/11/2010
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MessageSujet: Travailler en maternité   Mer 17 Nov - 1:21

L'année dernière, j'ai effectué un stage de 5 semaines (en fait quatre car j'ai choppé la grippe A et j'ai donc eu une semaine de repos forcé) en maternité... Je vous raconte ça, c'était... assez épique.

Déjà, l'attribution des stages (car je ne l'ai évidemment pas choisi)... En voyant mon affectation, mes collègues étaient vertes de jalousie... Evidemment, elles voulaient toutes aller en mater, pour voir des petibébétromignons ! Elles ont pas trop capté de voir que je faisais la tronche en apprenant ça... J'ai essayé d'échanger, mais ceux qui voulaient échanger était dans des lieux de stages trop loin de chez moi, et comme je n'ai pas le permis je ne pouvais pas partir trop loin.
Mes collègues m'ont pris pour une fille bizarre qui n'aime pas les bébés... Je m'en foutais un peu.
J'aurais pu aller expliquer mon problème à ma référente pédagogique... Mais je suis quelqu'un de fier, avec un ego surdimensionné... J'ai donc décidé de tenter le coup. Ahem, c'était pas une bonne idée en fait.

Je suis arrivée dans la mater le premier jour avec une grosse boule dans le ventre. La première semaine pas de problème, je voyais à peine les bébés puisque je travaillais avec les aides-soignantes. Je ressentais une petite pointe de jalousie de voir toutes ces femmes avec leur bébé... Mais rien de trop ingérable.
La semaine suivante, ça a commencé à se corser... J'étais avec les sage-femmes. On a commencé à me reprocher d'être trop froide avec les mamans et de ne pas assez m'intéresser à leur bébé. On m'expliquait que j'étais dans mon stage le plus facile psychologiquement (!!) et que j'avais la chance d'être quelque part où il y avait 80% de bonheur. Donc que je devais être plus souriante, plus amicale, que je devais, je cite, "partager la joie des mamans".

Jusque là je tenais la route. Je faisais des cauchemars la nuit à base de rapt d'enfant, je me rêvais piqué un bébé et me barrer de la mater... Je l'ai pas fait hein ! Je l'ai jamais non plus pensé consciemment ! Mais c'est vrai que la nuit, ça me taraudait de voir toutes ces femmes devenues maman, avec la petite voix qui raisonnait dans ma tête : "Toi tu seras jamais maman parce que t'es une ratée".

Une des sage-femmes, très sympa au demeurant, même si elle était excédée par ma timidité excessive, m'expliquait tout, et agrémentait parfois son exposé de "toi quand tu seras à leur place". J'avais du mal, mais je faisais style de rien.

Ensuite, j'ai tourné avec les auxiliaires puéricultrices... Là, j'en ai bavé. Je ne savais pas comment me comporter avec ces bébés, et je n'arrivais pas à avoir un comportement naturel, parce que j'angoissais. Je me sentais totalement illégitime à expliquer à ces mamans comment prendre soin de leur bébé, d'une part à cause de mon statut de toute jeune élève infirmière sans réelles connaissances, ensuite de part mon statut de femme stérile. C'est très bête, mais j'avais l'impression de mentir, de ne pas être à ma place, et tous mes vieux démons fantasmagoriques faisant de moi un monstre et une erreur de la nature me revenaient en pleine face.

Bien sur, je n'en avais parlé à personne sur le lieu de stage, c'était des inconnus et j'allais pas leur raconter quelque chose d'aussi intime. D'autant plus que pour la majorité, je ne les appréciais pas du tout, alors je risquais encore moins de leur en parler !
J'ai donc eu droit à quelques réflexions qui font très très mal... Pas forcément dit méchamment, mais elles n'imaginaient pas l'impact que ça pouvait avoir sur moi.

"J'espère que t'auras jamais d'enfant, parce que si tu t'en occupes comme tu t'occupes de ceux des patientes ils seront mal barrés les pauvres !" (sic)
"Non mais t'inquiètes pas si tu as du mal, on devient maman en accouchant (sic) donc quand ce sera les tiens ce sera plus facile, parce que t'auras un lien du sang (re-sic !)"
"On dirait que tu leur en veux aux mamans, si ça t'embête d'être là t'es pas obligée de continuer ta formation tu sais !" (Oui, je leur en veux à ces femmes, parce qu'elles m'étalent leur bonheur à la figure et que ça fait mal. Oui elles y sont pour rien... Mais j'ai pas dit que j'étais cohérente !)
"Quand tu auras des enfants, j'espère que tu tomberas pas sur une soignante comme toi, parce que t'auras du mal sinon... Déjà que t'es pas spécialement douée avec les bébés à la base... Mais c'est inscrit dans les gênes ça tu sais (sic !!) !"

J'ai mis de gros coups de poing dans les murs, j'ai chialé comme une môme de rage, de chagrin, d'incompréhension.

J'ai fait des efforts. J'ai réussi à parler avec les mamans, à jouer à la fille joyeuse qui s'intéresse au bébé, fait un gouzi gouzi en passant. J'ai plaisanté avec elles, je les ai fait rire... Quand j'étais en solo avec elle. Quand il y avait une soignante, je me refermais dans ma coquille, à nouveau confronté à mon impression d'illégitimité.

Bilan de stage nullissime. On m'a reproché en vrac mon incompétence, ma timidité, mon manque d'initiative, mon manque d'investissement. J'aurais, c'est vrai, sans doute pu en faire plus.
Mais rentrer dans une chambre, voir la maman regardait son bambin avec une adoration infinie, ça me rendait jalouse à en crever... J'avais envie de gueuler, par pitié, gardez votre bonheur pour vous et arrêtez de l'étaler ainsi à la face du monde !
Voir certaines mamans qui ignoraient leur bébé, qui le refilait à la nursery en râlant qu'il les dérangeait me mettait dans une rage froide, avec l'envie de leur signaler que si elles en voulaient pas de leur bébé, elles pouvaient échanger leur place avec celles qui n'en mettront jamais au monde.
C'est idiot, je sais, mais j'ai eu du mal.
Le soir, je rentrais chez moi et pleurais dans les bras de mon copain, totalement perdu, qui ne savait absolument pas quoi dire, quoi faire, pour me sortir de cette galère.

Quelques semaines après, j'ai eu mon entretien pédagogique. La formatrice a fouillé pour comprendre ce qui s'était mal passé. J'ai tenu pendant un bon quart d'heure avant de fondre en larme. Je lui ai donc lâché le fait que j'étais atteinte d'un syndrome génétique entraînant une stérilité.
"Mais avec les progrès de la médecine...
-Non. Je n'ai ni ovaires ni utérus, je ne peux pas faire d'enfant, et encore moins en porter un.
-Ah."
Elle a été énervée que le médecin du travail, au courant du syndrome, ne les ai pas prévenu que me donner un premier stage en mater, c'était une mauvaise idée. Elle a accès à nos lieux de stage justement pour ce genre de cas, pour ne pas mettre en pneumo un élève dont un proche est décédé d'un cancer du poumon quelques mois plus tôt, pour ne pas mettre en cardio un élève souffrant d'une pathologie cardiaque... Pour ne pas nous demander l'impossible quoi. Elle n'a pas fait son boulot.
Elle a été énervée que moi je n'ai rien dit, j'aurais pu demander un autre lieu de stage et ils auraient compris... Mais j'étais trop fière pour ça.

Tout ça m'a tourné dans la tête pendant quelques semaines encore après la fin du stage. Cette jalousie, cette impression de nullité, j'ai eu un peu de mal à les sortir de ma tête. Maintenant ça va mieux, et je pense que si je devais y retourner j'en baverais moins, je saurais mieux faire face.
Maintenant je sais que cette expérience m'a aussi aidé à me construire, à me remettre en question et enfin à accepté ce que je suis. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, hein !

Je suis la seule à être assez stupide pour avoir tenter une expérience du genre, surtout un an après la découverte du SIAC, ou il y a d'autres folles dans mon genre ?
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evelyne

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Messages : 41
Date d'inscription : 01/09/2010
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MessageSujet: Re: Travailler en maternité   Mer 17 Nov - 14:44

J'ai vécu une expérience similaire, mais à Air France où j'ai passé ma vie de labeur.
Pendant 10 ans j'ai travaillé dans un service où l'on emettait les billets d'avion du personnel, boulot sans qualification faisable par n'importe qui d'intelligence traditionnelle, et donc travail ideal pour les hotesses de l'air, qui dès la fécondation ont la possibilité, sans perte de salaire, de travailler au sol pendant toute leur maternité. Pendant 10 ans je formais ces hotesses et les cotoyais tous les jours. Elles ne pouvaient savoir combien leur ventre me choquait. Il y en avait en moyenne 5 en permanence. De plus certaines étaient dans un état psychologique lamentable, souvent du à une vie amoureuse instable due à leur métier, et certaines vivaient leur maternité seule, lachée pendant la grossesse par le géniteur. Et ces femmes venaient spontanément vers moi, grande, rigolarde qui semblait forte comme un roc, et qui dirigeait l'équipe. J'ai même assisté l'une d'elle pour ne pas qu'elle accouche seule à la mater. Moi dans une salle d'accouchement. Et bien j'ai réussi à sortir de mon corps, de ma tête et de me donner entièrement à la maman. Nous nous sommes revues pendant quelques temps et puis la vie a repris le dessus, et elle a remonté la pente seule avec son boulot et sa famille. Mais elle n'a jamais su à qui elle avait eu affaire. Juste une aide ponctuelle.
Après cette épreuve, je me suis quand même dit que le syndrome m'avait évité toutes transformations et déformations du corps que les femmes traditionnelle vivent.
Quelque part, j'étais soulagée. D'avoir vu l'épisiotomie, et le bébé sortir m'a choqué. Je me suis dit "tant mieux" c'est pas pour moi. On se console comme on peut.
Après ça, je n'ai plus souffert de ma stérilité, d'autant que je me trouve moche et que j'aurai jamais voulu avoir un enfant qui me ressemble.
Avec l'adoption j'ai eu l'enfant de mes phantasmes, au moins au niveau physique.
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